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25 juin 2010 5 25 /06 /juin /2010 10:42

La Wallonie est l'une des rares régions d'Europe où ce chiffre est en augmentation...

ado.jpgCréé sous l'égide de la Communauté Française et de la Région Wallonne, le Centre d'Epidémiologie Périnatale (CEpiP) vient de rendre public son premier rapport. Dans ce document, il met en avant un phénomène en recrudescence, celui des mères-adolescentes. Alors qu'en France, le nombre des mères adolescentes est en baisse constante depuis les années '80, en Belgique la situation contraire se produit; 4% des accouchements dans notre pays concernent des jeunes filles en dessous de 20 ans, dans les années 90 ce chiffre était de 3,5%. C'est surtout la Wallonie qui est touchée par ce phénomène puisque le rapport du CEpiP nous apprend que 1476 adolescentes wallonnes sont devenus maman en 2008, année sur laquelle porte le rapport, c'est à dire deux fois plus qu'en Flandres. Le nombre de mères-adolescentes est plus élevé en Wallonie que dans la plupart des pays de l'Europe occidentale...

 

Pour clore tout de suite le bec aux mal-pensant qui diront que ce chiffre est tronqué par la présence de plus en plus importante en Wallonie de familles étrangères, et notamment d'Europe de l'est où les grossesses adolescentes sont parmi les plus élevées de notre continent, il convient de préciser que sur les 1476 accouchements d'adolescentes enregistrés en 2008, 1223 (soit 82,9%) concernent des jeunes filles belges ! Avec le temps, on constate un paradoxe en termes de naissance, les femmes deviennent mères de plus en plus tard ()... ou de plus en plus tôt ! Les femmes qui veulent mener une carrière professionnelles retardent leur envie de devenir mère (ou l'annule simplement) alors que les grossesses adolescentes prennent une place de plus en plus importante dans la société moderne.

 

Les chiffres européens semblent montrer qu'il n'y a pas de portrait-type de l'adolescente enceinte, on en trouve autant dans les milieux moins favorisés que dans les contextes plus aisés. Une constante cependant, selon Christophe Martail, un psychologue français, "Il s'agit très souvent de jeunes filles en conflit avec leurs parents !"(1). Dans bien des cas, la grossesse met l'adolescente devant une situation qu'elle n'est, par définition, pas prête à gérer. Loin d'être entrée de plain-pied dans l'âge des responsabilités, elle doit faire face à un événement inopportun dans la plupart des cas. Cette situation débouche parfois sur un avortement mais, dans de nombreux cas, la grossesse n'est révélée que tardivement, trop tardivement (par peur des réactions ?) que pour avoir recours à une IVG(2). Dès lors, l'adolescente se retrouve dans une situation qui change forcément sa vie de personne non-adulte. L'école, les relations avec les autres adolescents ou avec la famille, les sorties, la santé... tout cela est chamboulé par une grossesse précoce. Dans nos sociétés européennes, l'adolescent ne bénéficie pas d'un statut réellement défini, s'il se cherche physiquement et psychologiquement, l'ado doit aussi se trouver un rôle dans le collectif sociétal. Il n'a, en fait, pas de fonction attitrée ni même de valorisation spécifique dans la société, en fait tant physiquement qu'au point de vue de la société, l'adolescence correspond à une période de transition entre l'enfance et l'âge adulte. On constate que cette transition tend à se prolonger par-delà l'âge dit de la majorité pour franchir allégrement le cap des 20 ans. Il y a, là encore un paradoxe puisque l'on constate, avec le temps, que l'âge de la maturité biologique et affective baisse - les adolescents sont prêts pour des relations amoureuses et/ou sexuelles plus tôt - mais que la maturité sociale ne suit pas la même courbe. Yves-Hiram Haesevoets pose aussi clairement le constat que "la persistance des grossesses et des maternités adolescentes relève aussi d'un problème sociétal profond"(3), un problème lié aux valeurs de la société et à ses dérives. Les grossesses adolescentes seraient une forme de réponse au statut flou de l'adolescente dans la société... Je tombe enceinte pour me conférer davantage d'importance et de place dans la société, sommes toutes ! Mais la plupart des mères-ados ne se rendant pas compte de la gravité d'une maternité dans leur situation. "Beaucoup de jeunes filles rentrent de la maternité et recommence à sortir en boite avec leurs copines, une semaine après !"(1) affirme Christophe Martail pour confirmer cette réalité. La vie d'ado reprend ses droits, normalement, comme si aucun n'événement majeur - et une naissance n'est-elle pas le plus majeur des événements d'une vie ? - n'était venu perturber cette vie d'ado...

 

Je suis effaré de voir l'évolution des moeurs adolescentes que ce soit en matière de conformisme, de révolte, ou de goût. Alors que nous rêvions de liberté et de changer le monde, ils font tout, aujourd'hui, pour entrer dans un moule formaté. Et comment une adolescente peut-elle encore rêver de liberté en s'aliénant d'un boulet nommé grossesse ? Il faut dire aussi que le sentiment de gravité de la grossesse adolescente s'amenuisent à grands coups de séries américaines ou de films made in Hollywood qui montrent des ados enceinte dont l'histoire se termine par un happy-end, des familles unies autour de la jeune future maman, des grands-parents toujours disponibles pour assurer la garde du gosse pendant que la jeune maman suivra une scolarité quasi-normale ou encore un père présent auprès de la jeune fille qu'il a mit enceinte. Mais la réalité n'est pas souvent celle-là, on l'a dit la majorité des mères-adolescentes sont en conflit avec leur famille, les grands-parents modernes sont plus actifs et n'ont guère le temps et/ou l'envie de pouponner à nouveau tandis que le père, souvent un ado aussi, même s'il reconnait l'enfant, est rarement présent...

 

Mais la mère-adolescente est-elle apte à éduquer un enfant ?

 

Là est toute la question, une mère qui n'a pas encore tout à fait quitté l'enfance (ndlr la plus jeune mère à accouché à 10 ans en Belgique en 2008) est elle capable d'éduquer un enfant. Christophe Martail distingue deux types de mères-adolescentes : celles qui ont une relation fusionnelle avec leur gosse et celle qui ne parviennent pas à s'en préoccuper. Dans ce second cas, l'éducation est évidemment plus difficile sauf si elle est confiée à une tierce personne. Mais l'adolescence est une période de conflits; conflits avec la famille et conflits avec soi-même. Pour parvenir à mener une éducation valable, il s'agit d'être exonéré de ces conflits ce qui est, rarement le cas. Et puis vient un moment de frustration intense lorsque la mère s'aperçoit qu'elle n'est plus tout à fait la même que les autres ados de son âge, une frustration qui peut parfois se transformer en ressentiment vis à vis de l'enfant. Tous les psychologues vous le diront, le ressentiment peut engendrer une certaine violence... Je citerai encore une fois Christophe Martail pour conclure : "Avoir un bébé à l'adolescence c'est toujours engendrer un peu plus de violence que ce qui est prévu initialement"...

 

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(1) Mères-ados : qui sont-elles ? on infobebes.com

(2) en Belgique et en France, l'IVG est prohibée à partir de 14 semaines de grossesse, au Pays-Bas il l'est à partir de la 22è semaine.

(3) Adolescentes enceintes, par Yves-Hiram Haesevoets, on psy.be, 1/10/2006

 

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Published by Olivier Moch - dans Le monde est fou !
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commentaires

Marie Leseur 26/09/2010 16:37


Les adolescentes qui tombent enceintes sont, dans une immense majorité, des femmes dontla vie est foutue. Elles se privent d'une formation et s'ajooutent un poids au moment de leur arrivée sur le
marché du travail. Avec leur gosse elles ne peuven plus rêver d'un poste à responsabilités. Aujourd'hui, pour réussi, la femme doit se donner à fond (plus qu'un homme) avant 30 ans et puis
seulement quand elle est installée professionnellement songer à avoir un enfant. Les mères-ados sont une insulte aux femmes qui ont lutté pour l'émancipation féminine entre 1920 et 1980.