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10 novembre 2010 3 10 /11 /novembre /2010 16:43

De plus en plus de monde ignore ce que symbolise le férié du 11 Novembre. Il y a pourtant, je trouve, un devoir de mémoire à honorer autour de cette date…

 

480px-Waffenstillstand_gr.jpgIl y a ce matin un article qui m’a interpellé dans le quotidien liégeois La Meuse… Cet article évoque le jour férié du 11 Novembre qui semble ne pas évoquer grand-chose chez quantité de Liégeois… et par extension, je pense, chez quantité de monde peu importe d’où qu’ils fussent. En complément de l’article, la journaliste a réalisé un micro-trottoir auprès de quelques personnes afin, justement, de voir ce que le 11 Novembre rappelle à leur esprit. Ce sont les réactions de ces quidams qui sont ahurissantes ! «C’est une fête religieuse»(1) affirme une dame entre deux âges tandis que deux personnes pensent que cela a un rapport avec les attentats du World Trade Center à New York… Elles sont incapables de retenir la date d’un événement qui a eu lieu voici moins de deux lustres, un événement de l’Histoire qu’elles ont vécu, pas un fait historique ancien uniquement relaté dans des livres poussiéreux, non un événement politico-historique actuel qui a toujours une influence sur nos vies. Tout ce que ces deux personnes ont retenu c’est que c’était un 11… que ce fut en septembre et non point en novembre semblât avoir déjà échappé à leur culture !

 

Mais les autres réactions lues dans La Meuse n’étaient guère plus encourageantes. «J’ai l’air d’un gland, je ne sais pas»(1) avoue une jeune fille avec beaucoup de réalisme tant il est vrai qu’elle a l’air d’un gland… «Armistice, je ne sais pas ce que ça veut dire»(1) nous apprend une autre jeune fille qui en plus d’avoir des carences en histoire est lacunaire en vocabulaire également ! L’Armistice, il y a un jeune homme qui sait ce que cela signifie mais il déclare tout de go que celui du 11 Novembre a mis fin à la guerre 40-45… Pas de chance, c’était l’autre ! Un homme, à peine plus âgé, dit «Ca date de l’école, je ne m’en souviens plus»(1), s’il a tout oublié de l’école cela valait-il la peine qu’il y use ses fonds de culottes ? Encore que lui, il a du l’apprendre, cette dernière réaction d’une jeune fille, visiblement étudiante, qui déclare : «Je ne sais pas on ne nous l’apprend pas à l’école !»(1) témoigne du manque d’intérêt pour l’histoire contemporaine dans les programmes scolaires… Je me souviens que, lorsque j’étais en secondaires, j’ai participé plus d’une fois à des dépôts de gerbes de fleurs sur le monument dédié aux soldats morts lors des deux guerres qui était près de l’école… Et l’on nous expliquait pourquoi ces manifestations étaient organisées. Cela semble désuet aujourd’hui !

 

Et le devoir de mémoire alors…

 

Notre génération – celle des quadras – avait la chance, car c’en est une, d’avoir eu des grands-parents qui avaient connus les deux guerres mondiales. Mon grand-père, par exemple, était né en 1912 il a donc connu le premier conflit en tant qu’enfant mais de larges souvenirs, surtout sur la fin de la guerre, l’ont marqué. C’est en adulte qu’il a traversé la guerre 40-45 en tant que déserteur de l’armée allemande puisqu’il était né Polonais en Allemagne avant d’immigrer, en 1928, vers la Belgique pour travailler dans la mine et qu’il n’est jamais retourné en Allemagne pour honorer son enrôlement dans l’armée du 3è Reich. L’Occupation n’a pas été rose pour lui, chaque contrôle de papiers ou tout acte de marché noir (et Diable sait qu’il en posât !) pouvait aboutir à une arrestation et un passage par les armes comme pour tout déserteur… Cette anecdote personnelle juste pour évoquer l’idée que le devoir de mémoire, celui qui doit faire se rappeler aux générations qui n’ont pas connu la guerre ce qu’elle était, était entretenu par nos grands-parents qui ont vécu la ou les guerre(s). Des histoires de guerre rapportées par mes grands-parents j’en ai des tonnes en mémoire… Mais aujourd’hui, les moins de 20 ans n’ont plus de grands-parents qui ont vécu la guerre et la transmission du devoir de mémoire se perd. C’est à l’école de s’en occuper alors mais il semble, si l’on se réfère à la déclaration de cette étudiante citée plus haut, que ce ne soit plus le cas non plus… On arrive donc à une situation où jeunes ne savent pas ce qu’est l’Armistice ni ce qu’il commémore parce que personne ne leur enseigne ce que c’est !

 

L’Armistice signé le 11 novembre 1918 entre les troupes alliées et l’Allemagne est donc une convention de suspension des combats qui a mis fin à la Première Guerre Mondiale. Il fut signé dans le wagon-restaurant du Maréchal Foch, arrêté à Rethondes, dans la forêt de Compiègne (nord de la France), par le Maréchal Foch, ses aides de camp, l’Amiral Wemyss qui représentait la Grande Bretagne et par des représentants du gouvernement et de l’Armée allemande dont Matthias Erzberger, Député du Reichstag. Cette convention de cessez-le-feu décrétait donc l’arrêt des hostilités sur terre et dans les airs dans un délai de six heures, l’évacuation des territoires occupés par l’Allemagne (Belgique, Alsace-Lorraine, Pays-Bas, Afrique orientale…). La durée de l’armistice signé à Rethondes était de 36 jours, c’est le laps de temps qu’avaient les Allemands pour satisfaire aux exigences du document.

 

Cet armistice du 11 novembre 1918 déboucha sur la signature, sept mois plus tard soit le 28 juin 1919, du Traité de Versailles qui détermina les sanctions prises à l’encontre de l’Allemagne vaincue(2) mais aussi la création de la Société des Nations, ancêtre de l’ONU. Les dispositions prises à l’encontre de l’Allemagne par le Traité de Versailles seront sources d’une frustration immense pour les Allemands, une frustration sur laquelle jouera, dans les années ’30, Adolf Hitler pour justifier sa politique expansionniste et belliqueuse qui débouchera sur le second conflit mondial…

 

C’est tout cela que symbolise l’Armistice du 11 Novembre et que beaucoup tendent à oublier au mépris du devoir de mémoire. L’Armistice du 11 Novembre c’est l’engagement du processus de fin du premier conflit mondial qui fit, c’est utile de le rappeler, 18 millions de morts !

 

Ce que l’on sait peut-être encore moins c’est que l’armistice du 11 novembre a été précédé de trois autres armistices :
- celui du 29 septembre 1918, signé à Thessalonique, qui a mis fin au conflit sur le front oriental ;
- celui du 30 octobre 1918, signé à Moudros (Grèce), qui actait la reddition des troupes de l’Empire ottoman, allié de l’Allemagne ;
- celui du 3 novembre 1918, signé à Padoue (Italie), qui a mis fin au conflit entre l’Italie et l’Autriche-Hongrie.

 

 

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(1) Le 11 Novembre, ça commémore quoi ? par Coline Leclercq, in La Meuse, p. 5, 10 novembre 2010

(2) retour à la France de l’Alsace et de la Moselle, intégration de plusieurs villes (Eupen, Malmédy…) à la Belgique, accession à la mer par le couloir de Dantzig (future ville de Gdansk) pour la Pologne, sanctions économiques et commerciales pour plusieurs milliards de marks à rembourser en plusieurs lustres, renoncement à l’empire colonial africain…

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Published by Olivier Moch - dans Humeurs
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commentaires

Le Webzine de l'Histoire 11/11/2010 18:21


Je suis comme toi : atterré par l'ignorance des jeunes générations concernant cette date importante à plus d'un titre. D'abord parce que c'était la Première guerre qui était mondiale. Ensuite la
première guerre "totale", dans le sens où toutes les ressources de la société étaient mobilisées (économie, presse, etc. ...) et parce que cette guerre nous a fait entrer dans le XXe siècle de la
façon la plus atroce qui soit.


Olivier Moch 12/11/2010 16:12



La faute en incombe aussi au système scolaire et aux parents qui ne transmettent pas le savoir !