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21 juillet 2013 7 21 /07 /juillet /2013 22:05

La cuvée 2013 du Tour de France s'est achevée ce soir, sous les réverbères, sur les Champs-Elysées par la victoire finale de Froome... sans surprise !

tdfLe 100è Tour de France a-t-il été passionnant ? Oui... pour les accessits et le maillot à pois ! Cela devient une vraie mauvaise habitude, le vainqueur de la Grande Boucle est connu avant le départ; Chris Froome était le favori number one, l'Anglais n'a pas déçu et était au rendez-vous. Pareillement pour le maillot vert, beaucoup s'accordaient à dire que Sagan serait son propre successeur, il l'a été ! J'avais espéré un duel avec Cavendish (lire à ce propos Le Centième !), un duel arbitré par Greipel voire Kittel ou Degenkolb, il n'en a rien été... Je dois avouer, cependant, que je n'y croyais pas beaucoup, d'autant moins après le coup extraordinaire joué par Sagan et son équipe dans l'étape d'Albi dans laquelle les Canondale ont donné aux srinteurs des autres équipes une vraie leçon d'anticipation ponctuée par la victoire de leur leader slovaque. Le vert joué au tiers du Tour, le jaune joué le lendemain ! En effet, de leçon il fut aussi question lorsque le Team Sky a porté Chris Froome vers le maillot jaune à Ax-3-Domaines. Au soir de la première vraie étape de montagne, le Tour de France était joué comme à la "grande" époque d'Armstrong... avec le lot de suspicions que cela a engendré. Et pourtant, le Britannique a montré des signes de faiblesses à plusieurs reprises, son équipe aussi. Mais personne n'en a profité, ou plutôt personne n'a osé en profiter ! Beaucoup d'équipes ont roulé à contretemps ou en suivant une stratégie à tout le moins surprenante, à commencer par SaxoBank-Tinkoff qui, à l'exception de la bordure de Saint-Amand-Montron qui reste un beau coup de panache, d'autant plus beau qu'inutile, a adopté une stratégie incompréhensible sur ce Tour. Ne restait donc pour nous enflammer que la lutte pour compléter le podium et celle pour le classement de la montagne, ces deux combats ont tenu toutes leurs promesses puisqu'il a fallu attendre l'ultime vraie étape (ndlr je ne considère toujours pas le critérium des Champs-Elysées comme une "vraie" étape) pour que soit attribués ces accessits, et ce fut tant mieux pour le spectacle ! 


En définitive, on a vu de belles choses, des étapes dynamiques, de beaux vainqueurs, des moments inédits (un Sud-Africain en jaune, un Colombien deuxième final ou une double ascension de l'Alpe d'Huez) ainsi qu'un vent de fraicheur qui souffla sur cette centième grande boucle. Comme chaque année au terme du Tour de France, je retrouve donc mes vieux réflexes de journaliste sportif - ce fut mon premier métier - afin de vous livrer mon bilan de l'édition 2013.

Le vainqueur

Chris Froome est un beau vainqueur, il a mérité sa victoire tant il fut supérieur aux autres, bien aidé par son équipe et Richie Porte en particulier. Froome devance son dauphin de 5'03'' alors qu'il n'y a que trois minutes entre le deuxième et le cinquième classé. Pourtant, le Team Sky a montré beaucoup de moments de faiblesse et Froome aussi. Dans certaines ascencions finales, le Kényan Blanc était à la limite de la rupture, parfois il n'a pas pu suivre et dans l'Alpe d'Huez il a même été victime d'une fringale qui aurait pu lui coûter cher (20 secondes de pénalité pour un ravitaillement illicite, c'est un vrai cadeau de la part des organisateurs !). Mais voila, aucune autre équipe n'a réellement pris le risque de mettre à mal Froome, un peu comme si Contador, Quintana, Rodriguez ou Mollema roulaient pour la seconde place, comme s'ils avaient décidé au soir d'Ax-3-Domaines que la victoire appartenait à Froome. Sur le Tour d'Espagne, il y a fréquemment eu une union sacrée entre les équipes espagnoles ou avec des leaders espagnols afin de favoriser la victoire finale d'un Ibère. J'ai cru que cette union sacrée serait possible sur le Tour de France mais Valverde, Anton, Rodriguez et Contador ont roulé chacun pour soi (ou pour Quintana dans le cas des Movistar de Valverde) offrant fréquemment une aide précieuse au Team sky et au maillot jaune. Le seul moment où le Team Sky a été malmené c'est lors de l'étape de Bagnères-de-Bigorre, au lendemain de son coup de force d'Ax-3-Domaines. Les Movistar ont mené tempo battant et sont parvenus à isoler Froome pour l'ultime montée. Cela aurait du dicter les comportements à venir tant pour Movistar que pour SaxoBank-Tinkoff, pour Katuscha ou pour Euskaltel. Froome aurait pu être isolé à plusieurs reprises, Froome aurait du être isolé à plusieurs reprises... il n'en a rien été ! Ses adversaires n'ont pas osé ! Le Britannique avait imposé sa marque sur l'épreuve, il l'a dominé avec les jambes et avec l'esprit. Il a maté ses adversaires physiquement et moralement. Dès lors, sa victoire ne souffre d'aucune contestation. Ses performances sont-elles suspectes ? Jusqu'à preuve du contraire, non ! Plusieurs médias ont avancé des chiffres qui permettent de se poser des questions, notamment lors de ses escalades du Ventoux ou d'Ax-3-Domaines. Certains experts en performances sportives tempèrent en affirmant que les résultats du Kényan Blanc sont crédibles (lire à ce propos Tour de France 2013 : pourquoi Froome n'est pas forcépent dopé, sur Le Nouvel Observateur). 

Les révélations

Comment ne pas parler de Nairo Quintana ? Le petit Colombien est LA révélation de ce Tour de France. Il offre de sérieux espoirs à la Colombie pour les années à venir ! Une victoire d'étape, deux maillots distinctifs et une seconde place finale, difficile (mais pas impossible !) de faire mieux pour une découverte du Tour... Marcel Kittel s'est montré le plus véloce des sprinteurs en remportant quatre succès d'étape au terme d'un emballage final. On pensait Cavendish intouchable au sprint, Kittel l'a maté ! En définitive, l'an passé sans train pour l'emmener, l'Express de Man s'est nettement mieux débrouillé... Le Portugais Rui Costa - qui est tout sauf une surprise car double vainqueur du Tour de Suisse - a également montré, avec deux succès d'étape, qu'il pouvait être un prétendant au top10 sur le Tour de France. S'il ne doit pas rester avec Valverde lorsque celui-ci crève dans l'étape de Saint-Amand-Montrond, l'étape de la bordure d'anthologie des OmegaPharma et des SaxoBank, il est dans le top20 final, cette année... Costa a les jambes pour un top10 ! 

Les déceptions

Elles sont nombreuses ! A commencer par Alberto Contador qui n'était que l'ombre de lui-même. Son classement au Dauphiné-Libéré, en juin, était clairement indicatif, l'Espagnol était loin de son niveau d'avant-Clenbuterol. Certains avancent que cela signifie que Contador était "chargé" lors de ses triomphes précédents et que sa suspension était donc logique (ndlr personnellement, je continue de croire qu'elle ne l'était pas sur base des "preuves" à son encontre - lire Contador/Armstrong... pas le même combat !) mais Contador n'était pas non plus à son niveau de la Vuelta 2012 qu'il avait brillamment remportée après sa suspension pour dopage... Non, simplement, El Pistolero s'est enrayé sur cette 100è Grande Boucle, il n'avait pas les moyens de faire mieux et plus le temps passait, moins il était performant contrairement à son habitude où il est meilleur en troisième semaine qu'au début de l'épreuve. Comme beaucoup, j'ai cru que Contador serait un adversaire à la mesure de Froome, ce ne fut pas le cas ! En outre, son équipe a roulé stupidement, à croire que Bjarne Riis a perdu sa science de la course...Pourquoi Roche et Paulhino ont-ils attaqué dans l'étape de l'Alpe d'Huez et roulé bêtement en chasse-patate entre le groupe d'échappés et le peloton ? Si ça avait été pour servir de relais à Contador lors d'une attaque dans la première ascension de l'Alpe d'Huez, c'eut été intelligent mais les deux hommes était cuits avant d'avoir été utiles et Contador n'a pas attaqué dans l'Alpe. Ce jour-là, SaxoBank a éliminé elle-même deux pions majeurs autour de son leader. C'était idiot ! Ce n'était pas la seule erreur tactique de l'équipe danoise mais c'était la pire. Sur le papier, SaxoBank-Tinkoff avait l'une de équipes les plus fortes, sur le terrain elle ne l'a pas été ! Si Contador constitue une réelle déception, son équipe aussi... sinon plus. Roche était largement en-dessous de ses possibilités tandis que Paulhino a tout simplement volé  la place d'un autre, plus compétitif que lui.

Que dire de BMC et de ses deux leaders ? J'avais écrit que Cadel Evans (lire Le Centième !) n'avait plus les jambes pour faire un résultat et que son équipe était trop juste, je n'imaginais pas que ce "trop juste" serait à ce point lamentable. Plus que jamais, je pense que John Lelangue n'a pas l'étoffe d'un manager, qu'il est incapable de tirer le meilleur d'une équipe cycliste. Lors d'un direct, Rodrigo Beenkens laissait échapper que beaucoup des coureurs qui avaient rejoint BMC étaient nettement moins performants qu'avant de rejoindre cette équipe... Je suis entièrement d'accord, cela confirme mon sentiment à propos de Lelangue. BMC est la déception la plus lourde de ce 100è Tour de France.

Europcar n'a pas vraiment de raison de jubiler non plus ! Contrairement aux années précédentes, le hommes de Bernaudeau n'ont guère brillé. Ils ont réussi à se mettre Movistar à dos en roulant lors de la crevaison de Valverde dans l'étape de Saint-Amand-Montron et tout le reste de l'Espagne également lorsque Pierre Rolland a tassé Igor Anton qui le débordait au sommet du col des Prés. Le Français à agi scandaleusement pour prendre un point en plus au sommet de ce col, un point qui - il le savait bien - ne lui offrirait pas le maillot à pois. Quand bien même cela eut-il été le cas, un coureur a-t-il le droit de couper la  route à un autre, de l'envoyer dans le public pour gagner un sprint ? Assurément, non ! Heureusement, il a été pénalisé et les deux points acquis lui ont été retirés. Les équipes Astana, Lampre, Vacansoleil, FDJ.fr, Euskaltel sont bredouilles et n'ont pas vraiment justifié leur place sur le Tour, tout comme les équipes française invitées par les organisateurs que sont Cofidis et Sojasun. Il y avait probablement d'autres équipes à qui attriuber une wild card... mais voila, elles n'étaient pas françaises ! 

Au rayon des déceptions, j'ai encore envie de pointer Belkin. Certes Bauke Mollema termine dans le top10 et Laurens Ten Dam y a longtemps été. Mais jamais l'équipe batave n'a montré de velléités offensives, les Hollandais ont roulé... à la hollandaise comme on disait dans les années '70 et '80 pour parler de Zoetemelk, Lubberding, Kneteman et quelques autres suceurs de roues hollandais. Sans panache, Mollema et Ten Dams ne méritaient pas le top10...

Et les Belges ?

Du côté belge, on peut être satisfait même s'il y a l'énorme déception Van den Broeck. Une fois encore, VDB aura goûté le bitume pour abandonner tôt le Tour. Pas de chance ai-je lu et entendu ! Mais la chance, elle se provoque et Van den Broeck est incapable de la provoquer. Pourquoi est-il dans la roue de Bouhani lors du sprint de Marseille ? Il n'a aucune chance au sprint, il doit être plus bas dans le peloton pour éviter l'éventuelle chute. Mais non, il se cale dans la roue d'un sprinteur qui se vautre et l'entraine avec lui... Ce n'est pas une question de chance, mais une question d'intelligence de course. Van den Broeck a du talent, c'est indéniable mais aucune intelligence tactique ! C'est la seconde fois que l'on parle de lui pour un podium sur le Tour de France, après 2011, et c'est la seconde fois qu'il abandonne sur chute... J'ai parfois l'impression que VDB a peur de faire des résultats ! D'ailleurs, en dix années de professionnalisme, il ne compte qu'un seul succès, une étape du Dauphiné-Libéré, en 2011. C'est assurément trop peu pour un coureur de son talent ! Thomas De Gendt est une autre vraie déception. Celui qui fut troisième du Tour d'Italie 2012 (en gagnant une étape) était prometteur de bien mieux que sa 96è place, à près de trois heures de Froome. Ce n'est pas sa troisième place au contre-la-montre du Mont-Saint-Michel qui me console de sa piètre prestation... 

Sinon, la Belgique n'a pas à rougir des prestations de ses quelques autres de ses représentants. Une victoire d'étape, un maillot jaune et un top20 final pour une première participation, Jan Bakelants a été remarquable. Son tempérament offensif a été un vrai régal; le meilleur Belge de ce 100è Tour de France incontestablement. Maxime Monfort s'offre une 14è place finale, son meilleur classement en six participations. Dommage que Max soit si peu offensif, se contentant de s'accrocher comme il peu. Il est régulier mais manque singulièrement de panache, c'est dommage. Ceci dit, ne boudons pas notre plaisir... 14è ce n'est pas mal. Bart De Clercq a laissé entrevoir de réelles possibilités pour l'avenir, c'est plutôt intéressant d'autant que le coureur de Zottegem a déjà remporté une étape du Giro. 

Un vent de fraicheur...

Bart De Clercq n'est pas le seul à avoir apporté sa fougue de néophyte sur ce Tour de France. En effet, Bakelants, Trentin et Quintana ont tous les trois remporté une étape pour leur première participation. Nairo Quintana s'offrant même le luxe de terminer second final avec le maillot blanc du Meilleur Jeune et le maillot à Pois du Meilleur Grimpeur. Au total ce sont sept victoires d'étapes - Kittel (4), Sagan (1), Quintana (1) et Trentin (1) - qui sont revenues à des coureurs de 25 ans ou moins. Ils sont aussi quatre dans le top20 : Quintana (2è), Talansky (10è), Kwiatkowski (11è) et Bardet (15è). C'est un vent de fraicheur qui a soufflé sur cette 100è édition !

Rendez-vous dans le Yorkshire !

Le 100è Tour de France est fini, je reste sur ma faim vous l'aurez compris ! Si la Vuelta (24/08-15/09) est aussi passionnante que celle de 2012, j'aurais enfin de quoi me rassasier de cyclisme-spectacle. Quoi qu'il en soit, c'est en Angleterre, à Leeds dans le Yorkshire, que le peloton se donne rendez-vous pour la prochaine Grande Boucle. Puisse la cent et unième édition être plus haletante que celle qui vient de s'achever... 
 

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Published by Olivier Moch - dans Actualité
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Thucydide 25/07/2013 14:08

C'est vrai ce que tu dis. Je le disais dans mon dernier article sur l'histoire du tour de France : le dopage dans le sport n'est que le reflet de la société dans laquelle ce sport évolue. "Une
société a le sport qu'elle mérite" disait Erwann Menthéour. La cause unique du dopage remonte au néolithique : c'est la compétition. L'argent, la pression, les sponsors, ne sont que des facteurs
secondaires. A partir de là, il y a 2 solutions : ou on supprime la compétition ; ou on met en place une lutte antidopage efficace. C'est la seconde solution que je voudrais voir se mettre en place
mais, à l'heure actuelle, rien n'est fait pour cela. Tu as aussi raison de noter que tous les sports sont concernés par le dopage, pas seulement le cyclisme. J'ai lu dans un livre de Jean-Pierre de
Mondenard qu'un joueur de billard avait été pris pour dopage. Au billard, oui ! Preuve que ce n'est pas la difficulté de l'épreuve qui explique le dopage. On aurait bien aimé connaître les noms des
tennismen impliqués dans l'affaire Puerto par exemple aussi...

Olivier Moch 26/07/2013 13:19



Même au billard ???
L'Italie a été concernée par un scandale de dopage dans son championnat de foot dans les années '50, l'athlétisme est loin d'être vierge de tous soupçon, la NBA et la NFL sont plus que
suspecte...



Thucydide 22/07/2013 11:13

Et dans 10-15 ans on "apprendra" que Froome s'est dopé... Les calculs de puissance en watts que Froome a développés sont catégoriques : il a réalisé des performances de "mutant". Il a monté le
Ventoux plus vite qu'Armstrong et Pantani en 2000, et quasiment aussi vite qu'Armstrong en 2002. Sa moyenne horaire a été d'un peu plus de 40 km/h... donc aussi rapide, voire plus rapide,
qu'Armstrong. Comme je le disais dans l'un de mes articles, l'affaire Armstrong n'est qu'une tempête dans un verre d'eau. Le dopage est toujours là, et il n'est pas prêt de cesser tant que la lutte
antidopage a une efficacité proche de la nullité. Armstrong est très utile à certains : bouc-émissaire idéal, ça évite de s'interroger sur les moyens de lutter contre le dopage. En se débarrassant
de l'Américain, on se donne l'illusion d'agir.

Olivier Moch 25/07/2013 08:44



Froome dopé ou pas ?


D'autres experts jugent ses performances humaines et crédibles... Seul l'avenir nous le dira !
De toutes manières, si l'on prend le cyclisme comme un show (à l'image d'un concert ou même du catch), c'est à dire ce qu'il est devenu, on profite du spectacle (quand il y en a !) et basta pour
le reste.


Parmi tous les coureurs cités par l'enquête du sénat français, tout le top10 final est évoqué dans l'une ou l'autre affaire de dopage... C'est à dire qu'ils étaient tous chargés ! Finalement, il
y avait une certaine équité des chances, non  ? Geert Verheyen (23è à 41'), Christophe Agnolutto (31è à 1h11') ou
Eddy Mazzoleni (71è à 2h10') n'avaient aucune chance - dopés ou pas - de gagner ce tour 1998.

Je plaisante mais finalement pourquoi voudrait-on un cyclisme éthique dans une société qui ne l'est plus ? Pourquoi charge-t-on tant le cyclisme alors que tous les sports sont concernés ?


Le dopage est un vaste dossier dans lequel les chasseurs auront, de toutes manières, toujours un coup de retard. Pour prendre une image du jeu d'échecs, les dopés jouent avec les blancs...