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28 mars 2014 5 28 /03 /mars /2014 10:42

La première émission radiodiffusée en Belgique eut lieu le 28 mars 1914…

Si la radiodiffusion a connu son véritable essor entre les deux guerres mondiales, elle reste aujourd'hui un média qui touche le public. On l'écoute en voiture, dans la salle de bain le matin, en déjeunant, au boulot... Bref, la radio garde pignon sur ondes. Pour une centenaire, ce n'est pas si mal ! En effet, en Belgique, la radio a 100 ans… Si les premiers essais de radiodiffusion, par Marconi(1) remontent à 1896, la première émission de radiocommunication date de 1899, c'était une transmission entre la France et l'Angleterre. Ce n'étaient que des signaux électriques... L'année suivante, en 1900, Réginald Fessenden parvient à radiodiffuser la voix humaine. Il faudra attendre 1906, toujours par l'intermédiaire de Fessenden, pour entendre la première retransmission publique de voix et de musique par radiodiffusion. C'était à Brant Rock (Massachussetts) et l'émission proposait une brève allocution de Fessenden, un extrait d'une œuvre d’Haendel et une chanson de Noël car le calendrier indiquait la date du 24 décembre 1906.

Chez nous, dès 1907, les premières émissions radios sont expérimentées, dans la coupole du Palais de Justice de Bruxelles. Le Roi Albert 1er fait installer, en 1913, une station de radio au Château de Laeken et tous les samedis, des programmes sont captables et recevables sur des postes à galènes à travers tous le pays. Au printemps 1914, le 28 mars, la première émission proposant un programme musical est diffusée depuis le Château de Laeken vers le grand public. "1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10... Allô, allô. Poste radiophonique et radiotélégraphique de Laeken, près de Bruxelles. Messieurs les amateurs de téléphonie sans fil, nous allons vous faire entendre un concert dédié à Sa Majesté la Reine Elisabeth..."(2), ce sont les premières paroles prononcées par l'animateur de cette émission grand public. Ensuite, pendant une heure, des airs de Puccini, Verdi, Wagner, Grétry et quelques autres furent diffusés. C'était le début de la radiophonie large en Belgique... et même en Europe car notre pays joua vraiment un rôle de précurseur dans le développement de ce média.

Les vrais débuts dans les années ‘20

Il faut, cependant, attendre 1922 et la création de la Société Belge de Radiodiffusion pour qu’une structure se mette en place. C’est en novembre 1923 que la SBR lance Radio Belgique qui diffuse les premières émissions régulières, et encore il ne s’agit que de musique. Les premières émissions non-musicales qui trouvent leur place dans ce nouveau média sont consacrées aux résultats sportifs d’abord et à la revue de la presse écrite ensuite. En 1926, Theo Fleischman présente le premier journal parlé consacré aux nouvelles du monde. ‘’Toutes les nouvelles du monde en trente minutes’’ dit alors le slogan du journal parlé… Fleischman est l’un des pionniers mondiaux de l’information en radio. Les actualités radiodiffusées sont une première grande avancée, de plus en plus de Belges se tournent vers la radio pour agrémenter leurs soirées à la maison. En 1927, le Ministre socialiste flamand Edouard Anseele ouvre un dossier pour la création d’une société nationale de radiodiffusion. Il faudra presque deux années de travail avant que la proposition d’une radio nationale ne soit déposée à la Chambre. La loi instituant l’Institut National de Radiodiffusion (INR) est votée le 18 juin 1930, cette loi autorise aussi la création de radios privées de portée régionale. Il s’en créé seize en quelques années…

Radio propagande et radios pirate

Dans les années ’30, l’évolution de la radiodiffusion permet deux grandes avancées : la retransmission à longue distance, grâce au développement des ondes courtes jusque là négligées à cause de leur manque de stabilité, qui ouvre la voie aux émissions vers les colonies belges, le Congo surtout, et le grand reportage en direct qui est expérimenté pour la première fois lors des funérailles du Roi Albert 1er, le 20 février 1934, où 16 micros d’ambiance sont déployés et six journalistes rapportent l’événement. Ce reportage en direct est relayé dans plusieurs pays européens et aux Etats-Unis. Une fois encore, la Belgique est pionnière dans l’univers de la radio… Dans le même temps, la Maison de la Radio voit le jour. Elle est imaginée et conçue pour favoriser le développement de ce média qui prend de plus en plus d’importance : six studios – dont l’impressionnant studio 4 qui permet d’accueillir près de 400 personnes et des orchestres pour la diffusion de concerts -, des bureaux de travail, une rédaction pour les actualités… Il s’agit de la plus grande infrastructure dédiée à la radio dans le monde !

Mais éclate le second conflit mondial ! Le 10 mai 1940, l’Allemagne envahit notre pays et l’INR sert de relais pour la diffusion d’informations officielles sur la situation. Pour éviter que la Radio ne tombe aux mains de l’ennemi, les dirigeants de l’INR sabordent un de leurs deux émetteurs et démontent le second qu’ils emportent jusque dans le nord de la France pour continuer d’émettre. Rapidement pourtant, les Allemands occupent la Maison de la Radio et y installent leur propre système de radiodiffusion qu’ils baptisent Radio Bruxelles. Elle sera la voix de la propagande nazie en Belgique. Avec la progression des armées allemandes, l’INR recule du nord de la France vers Montpellier avant de traverser la Manche pour s’installer à Londres où s’est également installé le Gouvernement Pierlot qui est en exil. Depuis Londres, une Résistance s’organise et Radio Belgique y contribue avec une émission quotidienne diffusée sur la Belgique, par ondes courtes, depuis les studios de la BBC. Le Gouvernement en Exil commande aux Etats-Unis un émetteur puissant qui est installé dans la colonie du Congo et qui va permettre, en 1943 et 1944, de couvrir 18 heures de programmes quotidiennes pour contrer la propagande nazie. Les émissions de la Radio Nationale Belge, telle qu’elle est rebaptisée pour lui conférée un air plus patriotique en temps de guerre, sont diffusées depuis le Congo, en plusieurs langues, vers différents pays du globe. Propagande allemande contre propagande du Gouvernement Belge en Exil, la radio devient alors une espèce de ring virtuel où s’affrontent des idéologies…

A l’issue du conflit, les radios privées sont prohibées par le législateur car certaines d’entre elles ont repris, malgré l’interdiction, leur diffusion alors que l’Allemagne occupait encore la Belgique. D’aucunes annoncèrent même la capitulation nazie avant qu’elle ne soit officielle et plusieurs dizaines de Belges sortis dans la rue pour ‘’fêter’’ la fin de l’Occupation furent abattus par les soldats allemands. L’INR est donc la seule radio en Belgique, elle émet des émissions en français et en néerlandais pour les deux parties du pays. L’apparition du disque microsillon ouvre une nouvelle ère pour la radio, une ère musicale facilitée par le fait que l’on est plus obligé d’avoir des orchestres en studio pour diffuser de la musique. Le développement du rock ‘n roll, dans les années cinquante, accentue encore le côté musical du média radio. Mais l’INR ne s’engouffre pas dans cette brèche. En 1955, Europe 1 est captable en Belgique et met à mal le monopole de l’INR en proposant une radio plus moderne, plus dynamique notamment avec la diffusion de rock ‘n roll, de variété française et de programmes plus légers. Si elles existent depuis les années ’20, les radios dites pirates – c'est-à-dire qui diffusent sans autorisation – sont marginales en Belgique. Malgré l’interdiction des radios privées et contrairement à d’autres pays comme les Pays-Bas ou l’Angleterre, la Belgique ne voit pas fleurir les radios pirates. Une loi interdisant ce type de radio a été votée en 1962 et elle est plutôt bien respectée. Seule la RTB (Radio Télévision Belge créée en 1959 pour accompagner le développement du média télévision se popularisant) diffuse des émissions de radio. Tout juste note-t-on une tentative rapidement avortée, baptisée Radio Campus, à l’ULB, lors de manifestations estudiantines, en mai 1968.

Il faut donc patienter jusqu’à la fin des années septante pour voire se développer un réseau de radios libres en Belgique. Inspiré de ce qui se fait en Italie, ce mouvement permet facilement de créer des espaces de communication libre. De façon surprenante, le Gouvernement Belge ne fait pas vraiment la chasse aux radios pirates (ou libres) malgré la loi de 1962 les interdisant. Alors, elles se multiplient ! Radio Eau-Noire avait ouvert la voie, en 1978, pour protester contre un projet de construction de barrage sur le lac de l’eau-Noire à Couvin, d’autres suivent à l’image de Radio Tam-Tam créer par la Coordination Anti-Nucléaire, à Bruxelles, Radio Brol, lancée par des étudiants de l’ULB, Radio LLN (Louvain-La-Neuve et/ou L’heure des Libertés Nouvelles), Radio Z’alternatives Bruxelles… Toutes ont en commun de s’articuler autour d’un combat ou de revendications. Les radios libres créent l’Association pour la libéralisation des Ondes (ALO) dont l’objectif est dual : fédérer autour d’actions directes (et souvent prohibées) de mise en valeurs de ses radios-membres et devenir un interlocuteur des autorités pour la reconnaissance légale des radios libres.

Le retour des radios privées et commerciales


A l’aube des années ’80, avec la naissance de Radio Contact, à Bruxelles, ou Radio Ciel, à Seraing, les radios libres développent, pour se financer, un côté commercial qui déplait aux autorités. Alors qu’elles étaient plutôt laissées tranquilles, les radios libres subissent désormais une véritable chasse aux sorcières. Elles sont de plus en plus victimes de saisies de matériel. Malgré cela, les radios libres continuent de se développer et, à l’initiative de Radio Contact, se fédèrent en une Groupement des Radios Indépendantes de Belgique (GRIB). L’appellation a changé, elles ne se veulent plus pirates ou libres mais bien indépendantes ce qui ouvre un dialogue avec le Gouvernement belge. Le 20 août 1981, un décret légalise les radios indépendantes locales mais leur interdit toujours le recours à la publicité. C’est un premier pas… En France, conformément à l’une de ses promesses électorales, François Mitterrand légalise les radios pirates, chez nous des radios indépendantes se créent un peu partout profitant de la légalisation : Radio Basse Meuse, lancée par des étudiants de l’ULg, Radio Panik qui axe toute sa programmation sur la lutte contre le racisme, Radio Queen qui devient vite Canal 44…

Le milieu des années ’80 voit deux changements majeurs qui finissent d’asseoir l’existence des radios indépendantes : l’espace concédé sur la bande FM est élargi (1984) et la publicité est autorisée sous certaines conditions (1985). Dès lors, les radios indépendantes deviennent privées et commerciales et en quelques années des réseaux de radios se mettent en place. Un premier plan de fréquences est mis en place en 1987, les radios privées font définitivement partie du paysage radiophonique belge ! Elles prennent tant d’ampleur que le Gouvernement autorise, en 1991, la publicité commerciale sur les ondes de la RTBF qui doit faire face à la double menace de la concurrence des radios privées et de son propre endettement. En cette même année 1991, RTL lance la radio Bel RTL.

Malgré ce que l’on pourrait croire, la radio reste un média important, selon une étude du CIM publiée en 2013(3), 90% des Belges écoutent la radio au quotidien et ils l’écoutent, en moyenne, 29 heures par semaine, dans la voiture, dans la salle de bain, au boulot. Le média radio a su parfaitement intégrer les TIC (podcasting, terminaux nomades, webradio…) pour s’adapter à la communication du 21è siècle. C’est aussi pour ça qu’elle reste si populaire !

Excellent anniversaire, Madame Radio !

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(1) qui a frauduleusement utilisé des brevets déposé par Nicola Tesla qui est, plus tard, reconnu par la Cour Suprême des Etats-Unis comme l'inventeur de la radiodiffusion.
(2) Quand la radio belge naissait à Laeken, in La Libre Belgique, 13 avril 2005.
(3) source : http://www.var.be/fr/f88553f2-31d5-4242-9243-494cfa34fe7e

La radio à cent ans !

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Published by Olivier Moch - dans Actualité
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