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28 février 2014 5 28 /02 /février /2014 13:44

Gaston Lagaffe apparaissait pour la première fois, dans le Journal de Spirou, le 28 février 1957… m’enfin !

C’est l’histoire d’un employé de bureau indolent, paresseux, maladroit dont l’occupation principale consiste à fuir le travail. Qui aurait pu croire que ce personnage, antihéros type, serait l’un des personnages majeurs de la bande dessinée mondiale ? C’est probablement le collègue dont personne ne voudrait dans la réalité mais auquel on a aimé s’attacher sur papier glacé. Gaston (le nom Lagaffe ne lui sera accolé que plus tard) apparait donc à la rédaction du Journal Spirou, le 28 février 1957. Il a été engagé mais ne sait pas par qui ni pourquoi. En fait, Franquin créa le personnage sans but précis, juste pour illustrer la flemme qu’il ressentait à un moment donné. C’est Yvan Delporte, rédacteur en chef du Journal Spirou qui le baptise (du prénom d’un de ses amis très maladroit) et qui lui donne l’impulsion nécessaire pour faire son entrée dans le Journal de Spirou. Gaston sert, au début, à animer l’illustré, une case par semaine comme une espèce de respiration en deux séries habituelles.

 

S’il se présenta d’abord en costume avec un nœud papillon, il adoptera très vite un look négligé fait d’un jean, d’un pull vert trop court et d’espadrilles bleues usées. Pendant quelques temps, il aura une cigarette au bec mais Franquin la lui retire non pas pour une question de censure liée à la santé ou pour éviter les polémiques (ndlr comme ce fut le cas avec Lucky Luke) mais bien parce qu’il avait lui-même arrêté de fumer. Hormis le fait d’être un éternel maladroit, Gaston possède deux traits de caractère pour le moins particuliers. Il invente diverses choses plus loufoques l’une que l’autre (le Gaffophone, la machine à faire les nœuds de cravates, le side-car pour voiture, les espadrilles anti-verglas, le poil à gratter en spray, le pardessus à chauffage central incorporé…) qui ne fonctionne pas et qui sont autant de sources à gags. Il s’alimente de façon bizarre ; on peut dire qu’il est un des premiers accros à la junk-food puisque grand consommateurs de produits préparés et/ou en conserves (pilchards à l’huile, saucisses en boite,…) mais tente aussi de cuisiner des recettes de son cru comme les très improbables morue au fraises, huitres au chocolat ou cabillaud à l’ananas…

 

A l’image de Franquin, Gaston Lagaffe est un défenseur ardent de la cause animale, il s’entoure d’ailleurs au fur et mesure de la série de plusieurs animaux : un chat complètement dingue, une mouette rieuse, des souris et un poisson rouge. Une ménagerie qui ne fait pas toujours forcément… bon ménage ! Gaston s’entoure de quelques amis qui ont la même obsession de la fainéantise que lui comme Jules-de-chez-Smith-en-face, Bertrand Labévue, ou Manu. Sans être de vrais amis, des personnages comme Lebrac, le dessinateur de la rédaction, Prunelle, le chef de service, Raoul, l’employé de la reprographie, ou même fantasio, le rédacteur en chef, apprécient Lagaffe tandis que Monsieur Boulier, le comptable, Madame Molaire, la femme de ménage, Monsieur de Meesmaeker, l’homme d’affaire qui doit signer des contrats, ou l’agent de police Longtarin sont plutôt enclins à penser que Lagaffe est un nuisible qu’il faut éliminer… Et puis, il y a Mademoiselle Jeanne, l’archiviste totalement éprise de notre antihéros avec laquelle une relation sentimentale s’esquisse au fil du temps.

 

De la case hebdomadaire aux albums cartonnés…

 

A l’origine, Gaston n’est donc qu’un personnage de transition dans le Journal de Spirou. Il surgit du Diable-Vauvert sans trop que le lecteur sache pourquoi dans le n° 985. Au bout de quatre semaines de parution, un communiqué signé Fantasio est publié dans le Journal de Spirou : ‘’Attention ! Depuis quelques semaines, un personnage bizarre erre dans les pages du journal. Nous ignorons tout de lui. Nous savons simplement qu'il s'appelle Gaston. Tenez-le à l'œil ! Il m'a l'air d'un drôle de type’’ (Spirou 989, 28 mars 1957). Mais le personnage plait au public alors il passe d’une case hebdomadaire à une planche d’une demi-page. On lui confie plusieurs jobs (coursier à vélo, ouvrier aux rotatives…) mais dès le numéro 1000 du journal, le 13 juin 1957, il occupe une demi-planche. Il devra patienter jusqu’en septembre 1959 pour disposer d’une pleine page. L’année suivante, un premier album (ndlr plus tard numéroté zéro) est publié sur des chutes de papier au format italien (7 x 23 cm). Sobrement intitulé Gaston, il regroupe un florilège des meilleurs gags de Lagaffe depuis ses trois années de présence dans le Journal de Spirou.

 

En janvier 1963 sort un second album, Gala de gaffes, toujours au format italien. Suivent Gaffes à gogo (1964), Gaffes en gros (1965) et Gare aux gaffes (1966) qui, de façon très surprenante porte le n° 1 alors qu’il est le cinquième album chronologique. L’album Gaston sera alors numéroté zéro. Tous sont publiés au format italien. Ce n’est qu’à partir de l’album n° 6 (donc le septième en réalité… vous suivez ?), Des gaffes et des dégats (1968) que le format passera à l’A4 traditionnel. La série est définitivement lancée, d’autant plus qu’à la même époque, Franquin abandonne la série Spirou et Fantasio, reprise par Fournier. Franquin peut donc consacrer davantage de temps à Gaston Lagaffe dont il récupère l’entièreté de la création (ndlr il déléguait alors beaucoup à des collaborateurs comme Jidéhem, Roba ou Will). La série deviendra plus délirante à partir de 1970 avec l’apparition d’objets comme le gaffophone, le cosmo-coucou ou la machine à jouer au bilboquet mais aussi de personnage comme le chat ou la mouette. Fantasio disparait aussi de la série pour ne plus apparaitre que dans Spirou et Fantasio, c’est alors Prunelle qui endosse l’habit du rédac’ chef. Franquin introduit aussi massivement l’onomatopée dont le célèbre Rogntudju de Prunelle dont le nombre de u à la fin indique l’ampleur de la colère…

 

Les albums se suivent à un rythme régulier et annuel jusqu’en 1974 et Le gang des gaffeurs. Il faut ensuite attendre cinq ans pour Lagaffe mérite des baffes, Franquin travaillant alors sur d’autres projets en parallèle avec Yvan Delporte et Frédéric Janin. Gaston Lagaffe s’essouffle, il ne connaitra plus que deux albums : La saga des gaffes (1982) et Gaffe à Lagaffe ! (1996) qui sort quelques jours avant le décès d’André Franquin, le 5 janvier 1997.

 

Avec Gaston Lagaffe, Franquin a créé un univers cohérent très inspiré de la rédaction du Journal de Spirou (ndlr plusieurs personnages de la série trouve leur origine dans des membres des la rédaction du journal) et reposant sur des gags récurrents qui ont tenu en haleine des millions de lecteurs dans 19 albums entre 1957 et 1996. Avec Alexandre le Bienheureux, Gaston Lagaffe a contribué à donner ses lettres de noblesse à la procrastination… Rien que pour cela c’est un personnage marquant de l’Histoire belge !

 

Un apôtre de la procrastination...

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